2008 a été une grande année pour la musique populaire africaine et 2009 est bien partie pour faire encore mieux. Tamara Gausi passe en revue les noms et les visages qui se cachent derrière cette scène globale en pleine effervescence
C’était sans doute impensable, et pourtant c’est arrivé l’année dernière : la musique africaine est devenue un courant majeur de la scène acoustique. Que ce soit le malien Bassekou Kouyate et son groupe Ngoni Ba, récompensés par le World Music Award de BBC Radio 3, la fausse chanson africaine ‘Cape Cod Kwassa Kwassa’ du jeune groupe rock américain Vampire Weekend, ou le musicien nigérien afro hip-hop Olu Maintain avec son R’n’B naija (il a fait la une des médias en dansant sur son morceau ‘Yahooze’ avec l’ancien Secrétaire d’État américain Colin Powell), la musique d’Afrique a contribué à façonner le son de 2008.
Plusieurs raisons viennent expliquer cet engouement. Soutenue par l’internet, l’industrie de la musique s’est démocratisée. On a assisté de fait à des changements de dominantes, la musique africaine de tradition instrumentale a laissé la place à un son électro-danse, plus contemporain. La musique d’Afrique n’est plus destinée à être consommée exclusivement par les expatriés, les populations locales et les anthropologues en sandales. C’est ce qui ressort en tout cas de lieux comme le Double Club de l’artiste Carsten Höller dans le quartier Islington de Londres, moitié nightclub congolais et moitié galerie d’art. Même chose pour les fêtes Africa Delay du producteur Samy Ben Redjeb à Francfort et les MTV Africa Music Awards à Abuja, Nigeria.
Comme le souligne le DJ Eric Soul, un Rwandais basé en Europe : “Nous nous acheminons vers un espace où la culture africaine n’est pas seulement un réservoir où les gens vont piocher parce que c’est la tendance du moment. Elle est en train de devenir une part essentielle dans l’élaboration de la culture contemporaine, à l’échelle globale, en imposant ses propres caractéristiques.”
Dans quelle direction devraient donc regarder aujourd’hui les nouveaux convertis à l’Afrophilie ? Le Sénégal est un fantastique endroit pour commencer l’exploration. Son fils chéri, Youssou N’Dour, continue à cartonner avec sa dernière sortie nominée aux Grammy, Rokku Mi Rokka. Mais à côté de la musique, son travail dans l’humanitaire et le cinéma (dont un projet de micro-crédit avec Benetton et le documentaire I Bring What I Love, qui a reçu un accueil positif) prend une dimension de plus en plus importante.
Que l’on aime ou que l’on déteste Auto-Tune, ce hip-hop mélodique, rien n’arrête la progression d’Akon (fils du maître sénégalais percussionniste Mor Thiam). Sa tournée Freedom est prévue prochainement. Suivez aussi Estelle, la chanteuse pop-urbaine, mi-Sénégalaise, qui a toujours le vent en poupe après son premier CD single, le hit American Boy. Et Baaba Maal produit toujours de la nouvelle matière (actuellement en tournée avec la formation américano-Kényane Extra Golden et le héros guitariste zimbabwéen Oliver Mtukudzi) ainsi que le trio du rap Daara J, largement acclamé.
Dans cet autre pays d’Afrique occidentale, la Gambie, le prince du reggae Dr Olugander a sorti Stronger than Before en décembre dernier. Quant à la star gambienne du dancehall, Mystic MC (aka Mustapha Coker), basé au Danemark, il continue sur le chemin du succès avec son album For So Long. Le fils de l’écrivain de la Sierra Leone Gaston Bart-Williams, Patrice Bart-Williams, qui vit en Allemagne, est une autre vedette montante du reggae. Et Emmerson, à la fois franc-tireur dans sa dénonciation de la politique de la Sierra Leone et crooner avec ses chansons d’amour, domine toujours comme artiste numéro un du pays.
Plus au sud, deux des plus grands musiciens angolais, Waldemar Bastos et Bonga, sont de retour. Le dernier avec un 29ème album, appelé Barrio, qu’il a produit plus tôt cette année. L’hégémonie musicale de la RDC ne faiblit pas avec Francophonic, une nouvelle compilation de morceaux, réalisée par le guitariste lingala légendaire, Franco & Le OK Jazz. Son CD a atteint des sommets dans les charts du monde entier. Entre temps, Kaysha, la réponse de la RDC à P Diddy, a lancé ses derniers morceaux zouk, coupé-décalé : Forever Young. Kongo Bololo, le succès du collectif de rap congolais Lopango Ya Banka plane toujours aussi haut et après sa récompense de Best Newcomer des Musiques du Monde à Amsterdam l’année dernière, le chanteur soul congolais Jimmy Omonga est aussi un artiste à suivre en 2009.
Poursuivez vers l’est et vous tombez sur Soul:ID, le quartet ‘Soul afropéen’ de Bruxelles, formé de musiciens originaires de la RDC, du Rwanda et du Burundi. Leur album immodérément funky, Sex, Love and Philosophy, poursuit sa brillante carrière. Le DJ Eric Soul, fils de Cécile Kayirebwa, la légende rwandaise de la musique, travaille en ce moment en collaboration avec MO DJ, le vendeur de cassettes malien reconverti en arrangeur/remixeur, ainsi qu’avec le Positive Soul Crew de Genève et le Bantu Crew d’Allemagne.
Jose Chameleone se profile toujours comme l’un des plus grands acteurs pop d’Ouganda. Et Wayna, la chanteuse éthiopienne expatriée néo-soul peut désormais ajouter à son CV une nouvelle nomination aux Grammy, grâce à son excellent second album Higher Ground. Ce dernier constitue une étonnante interprétation du Loving You de Minnie Ripperton.
Si l’on devait définir le son africain en 2008, on citerait le coupé décalé venu de Guinée, à l’ouest, et le genge, à l’est. À l’instar du kuduro angolais, le coupé décalé est un nouveau style musical, mélange unique de genres articulés autour de beats, qui invite à la danse. Il se marie parfaitement avec les rythmes branchés des clubs d’Europe et d’Amérique. Le Genge vient du Kenya. Ce genre musical urbain a été inventé par des artistes de la mouvance synthé, sons ‘samplés’ et hip-hop. Sur le front du coupé décalé, 2009 s’annonce déjà comme une année bénéfique pour l’ancien rappeur Mokobé du 113, qui fait un malheur en ce moment avec son morceau African Tonik. Le roi incontesté du genge, Jua Cali, a démarré 2009 en force, en lançant son nouvel album Ngeli ya Genge le jour du réveillon de Nouvel An.
Quelle que soit votre prédilection pour tel ou tel genre musical – le hip-hop swahili ou encore l’orchestre classique lingala – vous êtes certain de trouver votre bonheur cette année dans la musique africaine.
Où se produisent les stars de la musique africaine en Europe ?
Festival Africa (www.africafestival.org) à Würzburg, Allemagne. Du 29 mai jusqu’en juin.
Festival Afro Pfingsten (www.afropfingsten.ch) à Winterhur, Suisse. Du 27 mai au 10 juin.
Festival Amsterdam Roots (www.amsterdamroots.nl), qui a lieu tous les ans en juin.
WOMEX (www.womex.de) à Copenhague. Du 28 octobre au 1er novembre.
Festival de Musique Africolor (www.africolor.com) à Paris. Durant les mois de novembre et décembre.