À la fois guitariste, chanteur et percussionniste, le Camerounais Muntu Valdo fait partie de ces artistes multi-talents qui s’exportent. Rose Skelton s’est entretenue avec ce charmant musicien qui nous parle de son amour de la musique et de l’Afrique tout en nous expliquant pourquoi il se produit toujours pieds nus
Sur une table, deux pots de verre emplis de graines de coriandre et de thym séché côtoient un enchevêtrement de câbles, d’ordinateurs et d’écrans. Muntu Valdo, 36 ans, travaille à son nouvel album.
Il compose tour à tour des harmonies, des solos de guitare, des mélodies à l’harmonica et pour les percussions, il tape sur sa guitare. Ensuite, il s’empare des pots de verre et il introduit un nouveau rythme en les secouant sur le tempo ; un sourire contagieux aux lèvres, il se tourne vers l’ordinateur, et délicatement, taquine les niveaux sonores.
C’est l’entreprise d’un seul homme et pourtant, c’est impossible à discerner à l’écoute. On dirait un morceau interprété par un orchestre de dix musiciens, mélange détonant de blues et de funk, relevé d’un fond de bossa nova et de soul suave. En 2005 toutefois, Valdo a enregistré au Cameroun, son premier album Moiye na Muititi (Dieux et Diables) avec un grand orchestre. Aujourd’hui, il se retrouve à Londres, seul. Mais il est parvenu, à force de talent et d’ingéniosité, à emporter avec lui le son du grand orchestre.
Valdo a grandi au Cameroun, près de la ville portuaire de Douala. “Douala est une ville ardente, dans tous les sens du terme,” explique-t-il en prenant une pause, après l’enregistrement. “Non seulement le climat est chaud mais les gens sont chauds !” La ville cosmopolite comporte une importante population, pleine de fougue, et tout le monde vit dans une grande promiscuité. “Le climat y est très humide mais nous avons aussi de magnifiques plages,” confie-t-il d’une voix douce.
Valdo a commencé la guitare à l’âge de huit ans et il a grandi dans un environnement où la musique importée de France et d’Amérique résonnait à côté de la musique camerounaise, dans les bars de la ville. La complexité des quelque 300 langues de son pays l’a sans doute inspiré et il a intégré dans son éducation la pratique du français, de l’anglais et de sa propre langue, le douala du peuple Sawa.
Dans les années 1990, face à la montée croissante du chômage au Cameroun, Valdo malgré son diplôme de droit a des difficultés à trouver un emploi. Il se souvient de cette période : “La musique est la première activité qui m’a rapporté de l’argent et qui m’a permis de vivre indépendamment, sans devoir compter sur mes parents.” C’est le musicien et producteur camerounais Eko Roosevelt qui offre à Valdo l’opportunité de jouer dans son groupe, alors qu’il se produisait dans le pays. En fin de compte, ce dernier a quitté le groupe, ainsi que l’Afrique, pour s’installer à son compte à Paris.
Après le succès de son album du début, Valdo s’embarque en 2007 dans une tournée de huit villes au Cameroun, soutenu par l’Alliance Franco-Camerounaise. Son passage par l’Europe où il a vécu quelques années, lui a permis de porter un regard neuf sur son propre pays. “Le Cameroun est un pays d’une grande diversité, mais il est regrettable que de nombreux Camerounais et particulièrement les jeunes, ne connaissent pas leur propre territoire,” confie-t-il. “L’ouest est très ‘cool’, avec ses montagnes et ses plaines. Au nord, c’est la savane, le climat est sec et torride comme au Sénégal. Le sud possède de nombreuses forêts pluviales.”
Après avoir passé tellement d’années hors de l’Afrique, Valdo regrette aussi de n’avoir pas eu l’occasion d’explorer le continent. “J’adorerais aller à Dakar,” dit-il, “j’ai lu beaucoup de livres de Cheikh Anta Diop (l’historien sénégalais) et j’aimerais visiter le club Thiossane de Youssou N’Dour. Je voudrais aussi me rendre à Abidjan – autrefois un grand carrefour pour les musiciens, qui fut aussi en son temps la plus grande ville francophone d’Afrique occidentale. Je voudrais également visiter le palais d’Haile Selassie à Addis-Abeba et voir les pyramides en Égypte. Je suis Africain, mais je ne connais pas bien l’Afrique, à l’exception de l’histoire spécifique de chaque nation.”
Outre un public loyal de fervents admirateurs au Cameroun, Valdo s’est fait un nom à Londres, où il est connu comme le “one-man”, chanteur de blues charismatique, se produisant pieds nus en concert. “Ce n’est pas par soumission au monde de la mode”, annoncera-t-il à un public sous le charme, “mais j’ai besoin de mes orteils pour jouer ces morceaux!”
Et en effet, à ses pieds, reposent pêle-mêle une série d’instruments – pédales,câbles et poignées – qu’il utilise pour enregistrer et repasser des plages de son spectacle. Parfois, il enregistre les applaudissements, qu’il intègre ensuite dans sa chanson.
Tantôt c’est l’harmonica dont la merveilleuse mélodie ondule au-dessus des phrases rythmiques de la guitare.
Quelquefois, il abandonne complètement les instruments et entonne un a cappella, enregistrant sa voix ligne par ligne et la superposant à la dernière harmonie. Ce qui a pour effet de créer une sonorité faite de plusieurs couches successives. Étonnant de simplicité !
Valdo apprécie son nouveau domicile à Londres. “Je n’ai jamais vraiment eu l’occasion de découvrir la ville parce que je suis resté concentré sur mes enregistrements,” explique-t-il. “Mais j’aime Londres, sa scène musicale est tellement vaste, tout comme à Paris, et j’aime les Londoniens parce qu’ils sont dans le coup et libres dans leur tête.” Brick Lane est un des lieux où il préfère se promener. Mais il apprécie aussi Soho pour ses spectacles de concerts, il se rend souvent dans des endroits comme Spice of Life pour entendre des improvisations de jeunes musiciens.
Son nouvel album sera terminé cette année, et dès l’arrivée du printemps, il partira en tournée dans des festivals aux quatre coins du globe.
Il a beau être un homme-orchestre, mais comme son public vous le dira, il produit de la sublime musique à profusion.