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Haute fréquence

De la musique soukous au groupe Kigali Boyz et de l’internet aux opérateurs de téléphonie mobile, Peter Griffiths retrace l’évolution de la musique urbaine de l’Afrique de l’est

Les jours où les jeunes des villes africaines grattaient quelques morceaux sur leur guitare ‘box’ et où les anciens postes de radios jouaient les derniers succès ‘internationaux’ sont bien finis. Aujourd’hui, on peut désormais se connecter sur YouTube et trouver des exemples de quasi tous les genres musicaux produits en Afrique.

À la différence des temps passés, qui ont vu les meilleurs musiciens africains plier bagage pour des horizons plus prometteurs – c’était le cas dans les années 1980 au moment de l’apogée du soukous (rumba africaine) à Bruxelles et à travers l’Europe – les artistes restent aujourd’hui chez eux tout en ayant un public dans le monde entier. Grâce à l’internet, largement accessible aujourd’hui sur l’ensemble du continent africain, chacun a la possibilité de capter et d’apprécier le talent de l’Afrique. Ce phénomène a également permis de créer des jobs, ce qui aurait été impensable ne fut-ce que 15 ans auparavant.

Il y a toutefois un revers à la médaille. Les facilités de téléchargement et de distribution signifient que l’on trouve aussi d’autres contenus sur le web. D’un côté les barrières qui freinaient l’entrée sur la toile ont disparu, de l’autre, il devient de plus en plus difficile de se faire connaître.

Clairement, l’utilisation de l’internet comme un outil de marketing international a un prix, sans doute trop élevé pour certains. Selon Alhaji Sidiku Buari, le Président de l’Union des Musiciens du Ghana, la globalisation a ses effets pervers. Aujourd’hui les musiciens “déploient toute leur énergie à essayer de ressembler au son de Michael Jackson, de 50 Cent, Jay-Z, Beyoncé, P Diddy, etc”. Quoiqu’il en soit, on ne peut nier qu’en corollaire du marketing il y a l’audience et comme Google Inc. ne le sait que trop bien, avec l’audience vient l’argent.

Certains musiciens africains ont réussi à tirer profit du potentiel de revenus liés à l’internet, en offrant aux auditeurs nationaux et internationaux, des sons tout à fait uniques. Par ce biais, ils permettent à l’Afrique de prendre légitimement sa part de la scène internationale musicale, sans être simplement réduite à une source d’inspiration.

D’autres créent leur propre site web, ou encore s’intègrent dans les sites mis en ligne par divers réseaux socio-médiatiques. Certains font les deux. Mais ce sont ceux qui arrivent à diffuser leur répertoire via les canaux des médias traditionnels qui ont le plus de probabilités de réussir.

C’est le cas de Jabali Afrika, qui peut prétendre au titre de groupe le plus renommé du Kenya ‘avec plus de 70 000 disques vendus dans le circuit indépendant’. Ils ont d’abord rencontré le succès sur les ondes radio en 1993. Aujourd’hui, vous pouvez également les retrouver sur leur site web (www.jabali-afrika.com), sur CD Baby, LinkedIn, MySpace et Facebook, sans oublier leur propre canal sur YouTube.

Moses Kemibaro, qui possède sa propre société de design pour l’internet Dotsavvy et qui assiste la Semaine de la Musique du Kenya, croit fermement “qu’il n’existe pas de meilleur circuit que l’internet pour distribuer et vendre de la musique”. Il ajoute que “la grande majorité des musiciens vedettes au Kenya disposent aujourd’hui de pages de profil et qu’ils font leur communication via des réseaux sociaux même s’ils n’ont pas de site personnel”.

De nombreux exemples à travers l’Afrique viennent corroborer ce point de vue de Moses. Au Rwanda, Sandra Karigirwa a un site rudimentaire qui permet aux utilisateurs d’acheter et d’écouter des extraits de ses compositions. Juliana Kanyomozi d’Ouganda a abandonné l’idée d’avoir son propre site de fans en 2006, au lieu de cela, elle a adopté une page gratuite sur MySpace. Juliana, comme Khadja Nin du Burundi, a également une entrée sur Wikipedia, ce qui indique que ses fans la considèrent comme une chanteuse inscrite dans l’histoire contemporaine.

Toutefois, il n’y a pas que l’internet qui contribue à la vente des albums. La radio et les opérateurs de téléphonie mobile représentent également une plateforme de diffusion et d’écoute de la musique. Le Rwanda a installé sa première station de radio privée FM – Radio 10 – cinq ans plus tôt. Depuis lors, quatre autres stations de radio privée sont nées, et l’ascension de célébrités locales, comme Rafiki, Queen Allay, Miss JOJO et Kigali Boyz Group (KGB), a porté ses fruits.

Fin de l’année dernière, MTN, le plus grand opérateur de téléphonie mobile en Afrique, a signé un accord de collaboration avec KGB, prévoyant que MTN payerait pour que le groupe inclue dans ses chansons des références à MTN. Signalons au passage que MTN a également reçu un bonus, vu que le membre du groupe Gaston Rurangwa est aussi présentateur sur Contact FM, l’une des radios n°1 de Kigali. Dans le futur, on pourrait imaginer que le réseau data de MTN au Rwanda soutienne une radio qui transmettrait des morceaux d’artistes sponsorisés de la communauté, via un combiné téléphonique à portée de main.

Et si le Président du Rwanda, Paul Kagame l’appuie, l’internet réinventera sa petite nation d’Afrique centrale, permettant à la radio et à l’internet de devenir un seul système. Le Kenya et l’Ouganda partagent des aspirations similaires, ce qui ne peut qu’encourager un plus grand nombre d’artistes et leurs fans à être présents sur le web.

Il reste encore un point en suspens. Cela concerne les grandes marques internationales, elles devraient construire des liens avec les artistes locaux et les sponsoriser sur le web, afin de leur donner une ouverture vers les marchés en croissance du continent africain. Cela arrivera le jour où ces firmes réaliseront qu’il est moins coûteux et plus facile de travailler avec des stars nationales, et qu’en fait, la prochaine évolution consistera à glorifier le contenu local sur la toile.

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