Ki-Yi Mbock, la compagnie théâtrale et musicale la plus multiculturelle d’Afrique de l’ouest a un esprit unique, nous dit Kate Thomas. Ses sonorités unifient les Africains
Parée de couleurs or, pourpre et rouge, la scène surgit dans une cacophonie de sons et de couleurs. La lumière fuse et vient souligner les tenues exubérantes des dizaines de chanteurs et de danseurs. Deux femmes paradent en traversant la scène, elle chantent des notes aiguës d’une voix douce, mielleuse. Des percussionnistes torse nu bougent en suivant le rythme. Dans un coin, un musicien avec des dreadlocks lâche quelques notes de base au saxophone.
Cela pourrait être autant une session de percussion malienne, qu’une cérémonie de mariage au Cameroun ou qu’un concert donné par une des plus grandes chorales du monde. En réalité, c’est tout cela à la fois et plus encore. C’est une représentation de Ki-Yi Mbock, la compagnie la plus multiculturelle d’Afrique de l’ouest.
Nés de l’imagination fertile de la célèbre artiste, poète et dramaturge camerounaise Werewere Liking Gnepo, le Village Ki-Yi et sa troupe de théâtre musical éponyme ont été fondés au début des années 1980. La troupe fonctionne aussi comme ambassadeur de la culture nationale de Côte d’Ivoire. La plupart des nations d’Afrique occidentale possèdent un groupe d’artistes qui participent à des concours régionaux, mais la Côte d’Ivoire fait figure de cas à part. Depuis 1985, plus de 2000 jeunes ont franchi les portes du Village, à la recherche d’une formation artistique de haut niveau dans une large gamme de disciplines : la musique, le chant, la danse, le hip-hop, la poésie, la sculpture, la peintre et l’écriture.
Le Village Ki-Yi n’est toutefois pas réservé exclusivement aux Ivoiriens. Il accueille des talents venus de plusieurs autres pays africains, comme le Burkina Faso, le Mali et le Sénégal. Des étudiants originaires de France, d’Espagne, d’Italie, d’Allemagne, de Suisse et des États-Unis y ont même suivi des formations, sous la direction de Werewere Liking Gnepo. Mue par un puissant idéal et un appétit insatiable de produire à la fois des spectacles forts et provocateurs, cette dernière est une figure incontournable de la revitalisation de la scène artistique ouest-africaine.
Lorsque l’on qualifie des auteurs ou des professeurs de “brillants”, cette désignation ne s’applique généralement pas à leur conception de la mode. Mais lorsque j’ai vu Liking Gnepo pour la première fois (dans le parking du Village Ki-Yi, étonnamment), j’ai été frappée par l’énergie qui se dégageait de sa personne. De somptueuses plumes bleues émergeaient de ses oreilles, elle portait de magnifiques bracelets sculptés autour d’un bras et un tissu de couleur bleue électrique autour de l’autre. Tout de suite, j’ai su que c’était elle.
Bien que ses romans, ses pièces de théâtre et ses essais sur la question panafricaine lui aient valu une renommée internationale, le mouvement Ki-Yi – qui signifie ‘connaissance ultime de l’univers’ en Bassa, langue maternelle de Liking Gnepo – est clairement son “bébé”.
Créée au départ pour contribuer au développement de l’ “éducation artistique de la Fondation panafricaine Ki-Yi est un projet en constante évolution, un espace d’expression ouvert au dialogue.
“C’est un mouvement pour le renouveau des arts en Afrique, pour la création d’une culture panafricaine contemporaine et pour l’unification et la meilleure reconnaissance des cultures du monde noir,” nous dit-elle. Vous n’allez pas à un spectacle de Ki-Yi Mbock simplement pour écouter – ici vous ressentez chaque mot et chaque note.
Le village, décoré de tuiles et de mosaïques, se compose d’un studio d’enregistrement, d’une salle de danse, d’un centre multimedia, d’un espace d’exposition, d’un centre de marionnettes, d’un studio de mode et d’un théâtre.
Les touristes y sont accueillis à bras ouverts, et ceux qui seraient intéressés par un cours de perfectionnement de chant ou de danse peuvent assister à certaines formations. Certains apprentissages peuvent s’étaler sur cinq ans. Tout jeune en âge de fréquenter l’école secondaire ou plus âgé, peut introduire une demande de formation.
En Europe, le Village Ki-Yi est peu connu, c’est toutefois de là que continueront à provenir les stars de demain. L’un de ses plus éminents diplômés est Ben Mpeck, l’artiste hiphop camerounais. “Pour moi, le Village Ki-Yi était comme un paradis. J’y ai trouvé une communauté vraiment ouverte, accueillante et qui comprenait mon travail,” confie Mpeck, dont le dernier single Abidjan Girl vient de son album Akwaaba Abidjan (Bienvenue à Abidjan).
Manou Gallo est une autre illustre disciple Ki-Yi. Aujourd’hui une star dans son secteur, l’Ivoirienne produit de riches sonorités, pleines de grâce, qui sont une invitation à rejoindre la piste de danse. Même scénario pour Dobet Gnahoré, qui a pratiquement grandi dans le Village où son père travaille toujours comme directeur musical du Mbock. Acclamée comme l’une des nouvelles grandes vedettes africaines de la musique, à 25 ans, elles est actuellement en tournée en Europe et aux USA. Sa musique est également largement diffusée sur l’internet. Grâce à sa voix profonde, onctueuse et ses chœurs staccato, que l’on peut entendre sur le morceau Inyembezi Zam, Gnahoré rejoindra bientôt le cénacle des musiciens légendaires de Côte d’Ivoire comme Alpha Blondy.
Le Village Ki-Yi a beau se trouver à des milliers de kilomètres de l’Europe, là où un grand nombre de ses étudiants vivent aujourd’hui, les douces sonorités produites par Ki-Yi Mbock ne sont pas pour autant confinées au village. Tandis que le spectacle d’une heure se termine en apothéose, je me promène à l’extérieur sous la voûte étoilée. Des notes continuent à planer le long des routes de terre rouge, cahoteuses, qui mènent au centre-ville d’Abidjan et au Plateau, le quartier des affaires. Le long du chemin, des enfants, avec des perles dans les cheveux, entament un petit concert improvisé.
Le Village Ki-Yi se situe dans la communauté de Cocody, non loin du rond-point Riviera 2 (tél. +225 2243 2005, www.kiyi-village.org).
La plupart des pays d’Afrique occidentale possèdent des groupes de musiciens et de danseurs : la Côte d’Ivoire, le Sénégal, le Mali, la Guinée, le Burkina Faso, la Mauritanie et la Sierra Leone. L’une des troupes les plus renommées est la Troupe de Danse de la Sierra Leone qui combine chant traditionnel, percussion, et danses acrobatiques. La troupe a remporté le trophée vainqueur, lors du Festival Culturel de Gambie en 2007 qui rassemble l’ensemble des groupes culturels d’Afrique de l’Ouest.