En produisant les plus grands noms de la musique africaine, Couleur Café est devenu l’un des événements phares de l’agenda des concerts en Europe. Dan Colwell a suivi de près l’élaboration de la prochaine édition du festival
Je me promène dans une rue où fusent les sonorités joyeuses, de guitares électriques métalliques et de percussions africaines. Je hume l’arôme de plats délicieux comme le poulet sauce cacahuète et plantain frit, une spécialité congolaise que je dévore à pleines dents. Il fait une chaleur étouffante et des masses de gens se dirigent dans tous les sens ou recherchent un peu de fraîcheur à l’ombre, une bière à la main. Malgré les apparences, ce n’est pas Kinshasa, mais Bruxelles l’été denier, lorsque le vaste site de Tours & Taxis à Molenbeek, s’est transformé durant trois jours extraordinaires en une fraction d’Afrique.
Dès sa première entrée en scène, en 1990, Couleur Café a d’emblée acquis la réputation de plus grand festival de musique du monde en Europe. L’événement s’est aussi démarqué par l’originalité de son organisation pour une fête musicale de cette ampleur. C’est le projet de Patrick Wallens. Dans les petits bureaux du festival, situés dans un coin calme de Bruxelles, il m’explique qu’au départ, son intention était d’offrir un peu plus qu’un concert.
“Nous voulions recréer l’ambiance africaine, avec un marché, des salons de coiffure africains, des stands de cuisine locale… Offrir un vrai goût du monde, au-delà de l’Europe.”
Le festival s’est développé dans la mouvance marquée par l’explosion de la musique du monde à la fin des années 1980, même si les connexions de Wallens avec l’Afrique remontent beaucoup plus loin. Lui même percussionniste, il a toujours été fortement attiré par la musique africaine. Il a également passé des années en Guinée et au Sénégal, organisant des cours de danse et de percussions. Cette passion s’est greffée sur son désir de lancer un festival en Belgique proposant des musiques en dehors des courants européens et américains. C’est ainsi qu’est né Couleur Café.
“Nous ne voulions pas présenter de la musique traditionnelle africaine, mais plutôt la musique moderne enivrante jouée dans les villes de tout le continent africain, du Sénégal et du Mali jusqu’à l’Algérie et le Congo. Lorsque nous avons commencé, il n’existait aucun festival de ce genre en Europe.”
Inévitablement, l’événement a évolué au fil des années. Aujourd’hui, à côté de la musique africaine et des Caraïbes, vous pouvez entendre de la salsa, du reggae, du ska, du hiphop, de l’électro, de la soul et du funk – en fait, tout ce qui constitue les courants de la musique noire de manière générale.
Wallens explique qu’au fur et à mesure de son histoire, Couleur Café a dû refléter l’évolution de son public et attirer un plus large groupe d’âges et de communautés différents. Après tout, de 2 000 personnes à ses débuts, le festival est passé à 75 000 aujourd’hui, durant les trois jours de l’événement. Malgré cela, Couleur Café préserve toujours l’esprit de ses origines, à savoir faire reculer les frontières.
“Dans ce sens, l’espace brut industriel de Tour & Taxis est particulièrement symbolique à nos yeux,” déclare Wallens, “parce qu’il servait autrefois de Bâtiment des Douanes, le lieu où les frontières étaient établies entre les personnes et les marchandises qui pouvaient entrer dans Bruxelles. À l’heure actuelle, cette philosophie se concrétise autrement, en ouvrant les mentalités des différents types de publics, en les incitant à découvrir une autre musique, cuisine et culture. Pour nous, le mot-clé est mixité – le métissage des peuples, des styles de musique, des chanteurs célèbres et des talents encore inconnus.”
Le festival a en effet accueilli une belle palette de stars de la musique africaine au cours de toutes ces années, telles que Youssou N’Dour, Mory Kanté et Femi Kuti. Au rang des grands noms qui se produiront à Couleur Café 2009, on citera Khaled, le représentant algérien du Rai, et Patrice né en Allemagne, qui mélange reggae, soul et funk, et qui régulièrement déchaîne les foules dans toute l’Europe.
Mais comme les organisateurs le signalent promptement, l’objectif essentiel de Couleur Café reste d’avoir de bons groupes qui apportent une note festive à l’événement, qu’ils vendent des CDs par millions ou pas. Alpha Blondy, de Côte d’Ivoire, est relativement peu connu, mais ses compositions créent invariablement une ambiance de carnaval. “C’est un artiste typique de Couleur Café,” me dit Irène Rossi, une collègue de Wallens. “Ce ne sont peut-être pas des stars internationales en termes d’albums, mais sur scène, ils sont les meilleurs.”
Les autres participants prévus à l’affiche cette année incluent Cesaria Evora, une chanteuse brillante aux musiques évocatrices des îles du Cap Vert et Amadou & Mariam du Mali, le couple favori de l’équipe de Couleur Café. Leur approche radicale combine musique traditionnelle et influences occidentales.
Le festival s’illustre comme l’une des grandes réussites de la capitale belge, et Rossi, une autre vétérante depuis 20 ans de Couleur Café, au même titre que Patrick Wallens, trouve que maintenir l’équilibre entre l’organisation du sponsoring, la sécurité et la gestion du personnel est parfois une tâche ardue. À certains moments, elle voudrait revenir aux sources, quand le festival était un petit événement. Qu’à cela ne tienne, elle est cependant déterminée à tout faire pour assurer une bonne ambiance, quelle que soit la taille du festival.
“Les gens me disent que c’est à cela que Bruxelles devrait ressembler au quotidien, que c’est à cela que devrait ressembler la vie : des gens qui se sourient et qui se parlent.”
Même si ce n’est que pour un week-end chaque année, c’est déjà ça. Couleur Café nous fait entrevoir un monde idéal où transparaît le fantastique esprit de l’Afrique dans le cœur de la capitale de l’Europe.
Couleur Café se déroulera du 26 au 28 juin 2009 à Tour & Taxis, Bruxelles. Cliquez sur couleurcafe.be pour voir la liste des groupes annoncés en concert et pour réserver vos billets.