A new dawn beckons (E F N)

Une nouvelle aube se lève

Avec sa faune et sa flore impressionnantes, ses paysages spectaculaires et ses lodges où le luxe rime avec conscience environnementale, le pays des mille collines est en train d’embrasser la nouvelle ère de l’écotourisme. Chloë Wilson prend le chemin du Rwanda pour un séjour totalement vert

Àquelle heure souhaitez-vous prendre votre douche le matin, et préférez-vous vous réveiller avec du café ou du thé ?”

Ces questions pourraient sembler banales compte tenu du fait que je séjourne dans l’un des lodges les plus huppés du Rwanda. Toutefois, le Virunga Lodge ne fonctionne pas comme un simple hôtel de luxe dédié aux touristes fortunés. Cet établissement défend également des principes en matière d’écologie. À la demande des clients, des chauffe-eau solaires peuvent être fournis pour se laver afin de réduire le gaspillage, des toilettes sèches à compost (qui réduisent les déchets en matière déshydratée) remplacent les toilettes à chasse d’eau, l’énergie solaire est la principale source de production d’électricité, le service-réveil est assuré par un être humain vu qu’il n’y a pas de téléphones dans les chambres et l’on me rappelle poliment de ne pas laisser les lumières allumées, si ce n’est pas nécessaire. En outre, les clients peuvent dormir sur leurs deux oreilles, en sachant qu’une quote-part de 100 $ (75 €) par client est offerte sous forme de donation au Volcanoes Partnership, une organisation sans but lucratif, active dans la conservation à l’échelle locale.

Lorsque j’ai visité le Rwanda pour la première fois, il y a une dizaine d’années, le tourisme tentait toujours de retrouver ses marques après le génocide de 1994. Les voyageurs qui venaient découvrir les gorilles de montagne avaient le choix de loger dans un établissement relativement rudimentaire, l’Hôtel Muhabura à Ruhengeri ou dans le complexe de Gisenyi, un endroit empli de sérénité le long des rives du lac à une heure de là ou encore de venir de la capitale, Kigali, pour la journée. Mais avec ses vues sublimes, ses chambres magnifiquement décorées et sa vision écologique, le Virunga Lodge offre au bout du compte une alternative beaucoup plus exclusive. Et il n’est pas le seul. La région est aujourd’hui truffée d’hôtels sensibles à la question environnementale. Même le Muhabura est passé par une rénovation et propose une boutique qui vend de l’artisanat local et des souvenirs.

Cependant, un eco-voyage au Rwanda n’est pas réservé aux petits budgets. Soyez prevenu, vous allez en avoir pour votre argent – Le prix de la nuit dans de nombreux lodges est a 400 $ (300 €) la nuit et un permis d’une heure pour l’observation des gorilles revient à 500 $ (375 €). C’est une décision que l’Office du Tourisme Rwandais défend (ORTPN). “Le Rwanda est un petit pays et il ne peut donc intégrer un tourisme de masse,” confie son marketing manager, Patrick Manzi. “Nous ciblons donc un nombre plus restreint de touristes mais plus privilégiés et sensibles aux activités durables. Nous pouvons de cette façon mieux surveiller et protéger notre héritage naturel tout en initiant des projets dans la communauté.”

Mais toutes les expériences écotouristiques ne doivent pas nécessairement être étiquetées comme des “produits supérieurs”, selon Edwin Sabuhoro, fondateur et CEO de Rwanda Eco-Tours. Son modèle d’écotourisme vise à donner plus de moyens de subsistance aux populations vivant autour des parcs nationaux et ensuite à servir les besoins des touristes. “Il est vital que nous travaillions à comprendre les besoins des communautés locales et pas seulement protéger la vie des parcs au seul bénéfice des touristes,” déclare-t-il.

Sabuhoro a investi toutes ses économies dans la création du Village Culturel Iby’Iwacu dans le quartier de Musanze au nord du Rwanda. Le village auquel a été adjoint une réplique d’un palais royal traditionnel et qui dispose de sa propre troupe de danseurs intore, permet aux touristes de combiner une visite des gorilles avec la chance de découvrir la culture et l’histoire locales. Les voyageurs déterminés peuvent même loger dans une bandas traditionnelle pour 50 $ (38 €) la nuit.

“Nous devions générer un revenu de base alternatif pour les braconniers et pour ceux qui dépendent du parc et de ses ressources pour subvenir aux besoins de leur famille,” explique Sabuhoro, précisant que d’anciens braconniers travaillent aujourd’hui comme danseurs intore ou artisans dans le village. En 2008, Sabuhoro a remporté le Prix du Jeune Conservateur de l’IUCN (Union internationale pour la conservation de la nature et des ressources naturelles), une reconnaissance pour son développement de tels incitants.

Tourisme responsable au Rwanda

Tourisme responsable au Rwanda Rwanda Eco-Tours (rwandaecotours.com), une société fondée et gérée par des Rwandais, offre des éco-safaris à travers le pays avec des retombées directes sur les communautés qui vivent à proximité des parcs nationaux du Rwanda. C’est un véritable incitant pour la conservation : 20% des profits de la compagnie sont reversés aux communautés locales et ils servent également à éduquer l’industrie au tourisme durable. Les itinéraires organisés incluent des randonnées pour la découverte des gorilles, des safaris dans le Parc National d’Akagera, des circuits dans le Parc National de Nyungwe et des tours de la ville de Kigali. Vous pouvez également organiser un voyage sur mesure selon vos souhaits.

Séjours verts au Lodge de Virunga

Offrant l’une des plus belles implantations dans le paysage africain, le Lodge de Virunga (tél. +250 502 452, volcanoessafaris.com) appartient à Volcanoes Safaris, une société qui se spécialise dans les safaris de gorilles de montagne au Rwanda et en Ouganda.

Tandis que les gorilles restent l’attraction phare pour les touristes, et que le Parc National d’Akagera offre aux visiteurs un modèle archétypal de safari, Sabuhoro me rappelle que le Rwanda possède également un autre joyau au rang de ses nombreuses richesses, alors que nous faisons route vers le Parc National de Nyungwe. À la différence de la terre rouge et des paysages de culture intensive, qui constituent la caractéristique prédominante du relief du pays, Nyungwe apparaît comme un espace où explose la végétation luxuriante. Sur une superficie de 1 000km², c’est la plus grande forêt tropicale de montagne en Afrique et un haut lieu de biodiversité, comprenant 240 spécimens d’arbres, plus de 140 variétés d’orchidées, quelque 300 espèces d’oiseaux et 13 espèces de primates, dont les chimpanzés et les singes colobes.

Des organisations comme la Société de Conservation de la Faune (WCS), USAID et ORTPN travaillent de concert pour faire de la forêt une destination d’écotourisme durable, susceptible d’améliorer de ce fait les conditions de vie des populations locales. “L’idée est d’offrir aux visiteurs qui viennent à Nyungwe une expérience de la forêt tropicale”, déclare Ian Munanura, directeur régional du programme de la WCS au Rwanda. Il supervise à l’heure actuelle la construction d’une passerelle au sommet des arbres, à 100m de hauteur, qui donnera aux voyageurs un panorama inégalé sur l’ensemble de la forêt.

Ce pont dont l’ouverture est prévue en septembre prochain, sera complété d’un campement haut de gamme et du Lodge Nyungwe Forest, financés par Dubai World Africa. Le lodge est situé dans un lieu magnifique, à l’extrémité de la forêt à Gisakuru, et les constructeurs déclarent mettre en oeuvre des principes de design durables, lorsque c’est possible. Outre une amélioration du balisage et des pistes à travers le parc, on trouvera également un centre interactif pour les visiteurs ainsi qu’un collège pour la gestion de la conservation et de l’environnement. De plus, un service de ferry pour le transport de passagers vient juste d’être installé dans le pays, et bientôt il pourra relier Nyungwe et Gisenyi, sur la rive du lac Kivu.

L’avantage majeur de cette augmentation de l’activité touristique se répercutera bien entendu sur les communautés locales, qui pourront profiter de ce marché du tourisme en mettant en place des micro-structures : coopératives de fabrication de paniers, vente de poteries artisanales et aussi emploi dans le parc dans les équipes de l’ORTPN.

Le matin de mon départ de Nyungwe, je rencontre un groupe de singes colobes qui se tiennent en bordure du parc. Après avoir batifolé durant une heure à la cime des arbres, ils ont disparu dans les profondeurs de la forêt et mon guide lance le signe du départ. En retraversant la forêt, il m’explique qu’il est heureux de faire ce travail non seulement parce que cela lui permet de subvenir aux besoins de sa famille, mais parce qu’il tire une immense fierté de son poste de gardien de l’héritage naturel de son pays.

Et on le comprend. Le Rwanda reste indéniablement l’un des pays les plus fabuleux et enchanteurs d’Afrique et ce ne sont pas les riches investisseurs ou les touristes enthousiastes qui le maintiendront en état. Le succès du Rwanda comme destination écotouristique reste entièrement aux mains de ses habitants, et par-dessus tout dans leur coeur.

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