The urban adventures of Tintin

Les aventures de Tintin en ville

Les aventures du célèbre héros de bande dessinée l’ont peut-être conduit aux quatre coins du monde et même propulsé dans l’espace, mais Tintin – et son chien Milou – a toutefois toujours gardé les pieds bien ancrés à Bruxelles. Un reportage de Guy Dittrich

Cette année, l’ouverture presque simultanée de deux musées a donné un sacré coup de projecteur sur la Belgique : les deux enfants chéris du pays, Hergé, le créateur de Tintin et René Magritte, l’artiste surréaliste ont reçu leur espace d’exposition respectif. Magritte et Georges Remi, le vrai nom d’Hergé, partageaient souvent un verre de gueuze à l’estaminet Het Goudblommeke in Papier (‘La fleur en papier doré’ 55 Rue des Alexiens), mais qui a lu les bandes dessinées de Tintin sait à quel point ses intrigues jouent sur une forme d’hyper simplification, fort éloignées de l’univers du peintre surréaliste. Ce n’est pas par hasard si la technique du dessin du Studio Hergé a été désignée comme la ligne claire, pour la différencier de l’approche aux traits plus spontanés des artistes de l’école de Marcinelle, dont les héros incluent les Schtroumpfs et Lucky Luke.

Toutefois, Tintin, le jeune reporter à la houppe, avait une relation quelque peu surréelle avec Bruxelles, sa supposée ville natale. “Hergé restait généralement vague sur la ville d’origine de Tintin, et cela se vérifie encore plus après les premiers livres, qui de ce fait prenaient une dimension plus internationale,” explique Chris Tregenza, une passionnée de Tintin et fondatrice de Tintinmovie.org, un site web dédié au premier film de Tintin dont la diffusion est attendue en 2011. Et en effet, la popularité de Tintin est clairement universelle. Les 24 albums des Aventures de Tintin ont été traduits dans plus de 80 langues et vendus à plus de 230 millions d’exemplaires.

Dans le premier album, Tintin au pays des Soviets, c’est d’une gare bruxelloise que notre héros part en voyage et là où il revient. On pense qu’il s’agit de la Gare du Nord. D’autres aventures commencent dans une ville qui pourrait être Bruxelles, mais sans autre indice vraiment explicite. Est-ce l’avenue commerçante de la Toison d’Or dans les premières scènes du Trésor de Rackham le Rouge où se rencontrent après le cinéma, Tintin, le Capitaine Haddock – le vieux loup de mer célèbre pour son juron “mille millions de mille sabords” – et le Général Alcazar ? Lorsque dans les Sept Boules de Cristal, la voiture bleue accélère en trombe, est-ce devant l’Hôtel Métropole, Boulevard Anspach ?

Hergé était respecté pour l’extraordinaire minutie qu’il apportait aux détails techniques de ses histoires. Bien entendu, il est normal qu’il ait voulu faire référence aux endroits qu’il connaissait bien. Rien d’étonnant donc à ce que Tintin déambule le long du Parc de Bruxelles lorsqu’il trouve la serviette qui donne le coup d’envoi de l’aventure du Sceptre d’Ottokar. C’est le parc qui se trouve en face du Palais Royal, le même qui fait office de modèle au palais de Muskar XII toujours dans le même album. La poursuite en moto qui s’ensuit, dépasse quelques fabuleux bâtiments artdéco représentatifs du style architectural de la capitale belge.

Pourquoi Hergé se serait-il privé de représenter l’observatoire, situé dans le quartier sud d’Uccle pour son album L’Étoile Mystérieuse ? Et lorsque Tintin se rend dans un musée d’ethnographie dans l’Oreille Cassée, il va de soi qu’il s’est inspiré du Musée Royal d’Afrique Centrale (www.africamuseum.be) à Tervuren, dans la périphérie bruxelloise. “Si Tintin devait visiter le Bruxelles d’aujourd’hui, il se rendrait sans aucun doute à Autoworld [www.autoworld.be] et au Musée de l’Aviation [airmuseum.be] pour voir de plus près les fabuleuses voitures et les avions de collection qui l’ont transporté à travers le monde,” confie Tine Anthoni du Centre belge de la Bande Dessinée.

2009 a été consacrée année de la bande dessinée à Bruxelles, un choix incontournable pour une ville qui a vu naître le mouvement du ‘neuvième art’. En mai, la plus grande image de Tintin jamais réalisée dans le monde – une copie de 32m sur 21m de la page 42 d’Objectif Lune – était exposée à la Grand-Place. Une maquette plus modeste de la fusée spatiale aux carrés rouges et blancs est visible au Centre belge de la Bande Dessinée (20 Rue des Sables, comicscenter.net), qui fête à son tour ses 20 ans cette année.

Bruxelles propose également un “tour de la bande dessinée”, qui emmène les visiteurs à la découverte des peintures murales réalisées par différents artistes. La principale fresque relative à l’univers de Tintin a été tirée de l’Affaire Tournesol et elle montre Tintin et ses amis en train de descendre le long d’une échelle de secours. Dans une ville qui n’est pas réputée pour sa propreté, les fresques murales restent étonnamment préservées des graffiti. La ligne claire d’Hergé nous emmène également en droite ligne sur la place du Jeu de Balle, où se tient chaque jour le vieux marché. C’est là que Tintin déniche la maquette du bateau qui devient le catalyseur de l’histoire du Secret de la Licorne.

C’est d’ailleurs le scénario de ce dernier album qui a servi de trame au film des Aventures de Tintin : le Secret de la Licorne, réalisé par Steven Spielberg, produit par Peter Jackson, et dont la sortie est prévue fin 2011. “Je suis optimiste, mais réservée [à propos du film],” dit Tregenza. “De nombreuses adaptations de la bande dessinée au film se sont avérées désastreuses, soit parce que le réalisateur ne parvenait pas à rendre la spécificité du matériel d’origine soit parce que les budgets n’étaient pas suffisants pour faire décoller le projet. Mais Jackson et Spielberg ont tous deux fait des adaptations fidèles de leurs sources et ils ont le budget.”

Une chose est sûre : si le film rencontre un vif succès, cela incitera encore plus de monde à se rendre à Bruxelles à la découverte de ses créations les plus célèbres.

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